Stéphane Herbert : Chandigarh et Brasília, capitales de la modernité

Regard sur deux villes remarquables surgies de nulle part, aux antipodes, bâties sur un vaste idéal fondateur, commun et singulier. Deux manifestes humanistes de la modernité architecturale : Il fallait une nouvelle entité à l’Etat du Pendjab de l’Inde indépendante et une capitale au Brésil du futur. Avec un grand dessein et un plan pilote. Deux utopies concrètes conçues par deux architectes majeurs du XXe siècle : Le Corbusier et Oscar Niemeyer. Puissance des volumes, fluidité des courbes, dépouillement majestueux, avec le béton pour coup de cœur, le sens du vert… et celui du vide. Jamais de trop-plein, s’il vous plaît ! Les vides sont grands pour peupler large. Des idéalisations atemporelles. Des architectures habitées qui ont été décriées, se sont patinées, parfois érodées, puis ressourcées.

BRASILIA - Symbole démocratique

Symbole démocratique, la plateforme aux coupoles inversées
du Congrès et du Sénat est accessible à tous, Brasília

02 BRASILIA Courbes jaillissantes de la Cathédrale Métropolitaine.

Courbes jaillissantes de la Cathédrale Métropolitaine, Brasília

BRASILIA - Azulejos modernes

Azulejos modernes de la chapelle Nossa Senhora de Fátima, Brasília

BRASILIA05 - Mémorial du Président Juscelino Kubitschek sur l’Axe Monumental

Mémorial du Président Juscelino Kubitschek sur l’Axe Monumental, Brasília

BRASILIA Portion du Centre Culturel de la Banque du Brésil

Portion du Centre Culturel de la Banque du Brésil, Brasília

 

Brasília

La capitale fédérale du Brésil (qui compte 2,5 millions d’habitants pour le Plan Pilote et 4 avec les Villes Satellites) a célébrée ses cinquante ans en 2010. Vue du ciel, elle ressemble à un oiseau ou un avion. Mais selon son urbaniste, Lucio Costa, il s’agit d’une croix géographique. A l’intersection des axes monumental et résidentiel, un nœud circulatoire, le cœur de ville. Non loin, la fameuse Place des Trois Pouvoirs et les principaux ministères du pays. Les bâtiments résidentiels, six étages au maximum, sont pour la plupart construits sur pilotis. Ce qui libère les sols pour circuler à pied. Le sol est public, le piéton n’a pas besoin de contourner les bâtiments. Il passe dessous, s’arrête, se repose à l’ombre des plus beaux arbres. Bien sûr, la propriété privée tente de poser des barrières sécuritaires, mais l’esprit d’un espace ouvert à tous est préservé. C’est d’autant plus important que Brasília, avec son lac artificiel (aux proportions équilibrées, épousant les contours Est de la ville) et sa végétation omniprésente, offre une dimension bucolique extraordinaire : 4 millions d’arbres à hauteur de bâtiment, 100 m2 de végétation par habitant. Peu de villes au monde bénéficient d’un tel horizon, où le ciel tient le rôle sans fin de la mer, des cieux dans les yeux…

 

CHANDIGARH Emblème de paix, la Main Ouverte pivote au gré des vents au-dessus de la Fosse de la Considération

Emblème de paix, la Main Ouverte pivote au gré des vents au-dessus
de la Fosse de la Considération, Chandigarh

CHANDIGARH Puissants volumes algorithmiques du Palais de l’Assemblée

Puissants volumes algorithmiques du Palais de l’Assemblée, Chandigarh

CHANDIGARH Plasticité du béton sous le portique de l’Assemblée

Plasticité du béton sous le portique de l’Assemblée, Chandigarh

CHANDIGARH Tour des Ombres d’observation du mouvement solaire

Tour des Ombres d’observation du mouvement solaire, Chandigarh

CHANDIGARH Galerie circulaire de la Maison des Etudiants

Galerie circulaire de la Maison des Etudiants, Chandigarh

Chandigarh

En 1947, avec la partition de l’Inde et la création du Pakistan, l’Etat du Pendjab est coupé en deux. Le Pakistan ayant gardé sa capitale historique, Lahore, le Premier ministre Jawaharlal Nehru choisit une nouvelle capitale pour le Pendjab indien devant les contreforts de l’Himalaya. Ce sera la première capitale moderne. Aujourd’hui, elle compte 1,5 million d’habitants pour les secteurs planifiés et 2,5 million pour l’ensemble de l’agglomération. Le Corbusier, loin de décliner les “Cités Radieuses” comme certains s’y attendaient, observe sagement le mode de vie local. Constatant par exemple que les gens dorment sur le toit ou devant leur maison, il propose un urbanisme organisé par secteurs résidentiels, composés de bâtiments en brique de deux à quatre étages. En dehors du résidentiel, il bâtit au Nord de la ville le Capitole : un complexe rassemblant les imposants édifices de la Haute Cour, du Secrétariat et de l’Assemblée. Et quelques sculptures délicieusement énigmatiques : la Tour des Ombres permettant d’observer le rythme solaire, la Main Ouverte, symbole de paix et de partage, pivotant au gré des vents. Main qui surplombe la Fosse de la Considération, au cœur du Capitole, variation corbuséenne et indianisée de l’éternel rêve citoyen de l’Acropole.

 

La Grande Motte, station balnéaire proche de Montpellier (et autre utopie architecturale réalisée), accueille cet été et cet automne l’exposition « Chandigarh, Brasilia, capitales de la modernité » de Stéphane Herbert et Christophe Riedel :

– En juin (lors du Festival des Architectures Vives)
– Cet été, au Point Zéro et sur la place du Cosmos
– Cet automne, pour les 40 ans de la Grande Motte, une exposition incluant de nouvelles photos de cette dernière aura lieu  début octobre.

 

En savoir plus : Historique de la Grande Motte

Architectures : © Fondation Le Corbusier / ADAGP et © Fundação Oscar Niemeyer
Crédits photographiques : © Stéphane Herbert

Textes : Christophe Riedel

www.globevision.org